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La vente de la Louisiane

Publié le 11 août 2010
20 décembre 1803. Le drapeau tricolore qui flottait sur la Nouvelle-Orléans cède la place à la bannière étoilée. La Louisiane, vendue aux Etats-Unis pour 60 millions de francs, ne sera plus jamais française. En 1763, Louis XV avait abandonné à l’Espagne les vastes territoires du Mississippi dont René-Robert Cavelier de La Salle avait pris possession un siècle plus tôt au nom du Roi-Soleil. Signé en octobre 1800, le traité secret de San Ildefonso qui rend aux Français la Louisiane et la Floride alarme le président Jefferson : Bonaparte sur le Mississippi, c’est la menace d’un empire colonial français aux portes des Etats-Unis. Des voix s’élèvent pour réclamer l’annexion de ces territoires. Mais une guerre contre Paris nécessiterait une alliance avec Londres, difficile à imaginer alors, et Jefferson préfère la diplomatie. En mars 1803, il dépêche James Monroe comme négociateur à Paris. Celui-ci reçoit un accueil inespéré : le Premier consul sait que la guerre avec l’Angleterre va reprendre et il ne veut pas risquer d’ouvrir un nouveau front. Il ordonne donc à Talleyrand, ministre des Relations extérieures, qui connaît bien l’Amérique pour y avoir séjourné, de vendre la Floride et la Louisiane pour 100 millions de francs. Devinant ses interlocuteurs pressés, Monroe fait baisser les enchères. Le 30 avril 1803, on se met d’accord sur 60 millions de francs, et une annulation de dette de 15 millions de francs. Cet accord sera ratifié le 20 octobre par le Congrès, malgré les réserves des Federalistes, choqués que l’on n’ait pas sollicité leur accord préalable et inquiets de l’octroi automatique de la citoyenneté américaine aux résidents des nouveaux territoires. Avantageux pour l’Union, qui double d’un coup sa superficie, le traité satisfait aussi Napoléon, qui salue « cette cession qui (affermit) pour toujours la puissance des Etats-Unis » et donne « à l’Angleterre une rivale maritime qui, tôt ou tard, abaissera son orgueil… » Et M. Pierre Clement de Laussat, préfet de la Louisiane, s’adressera ainsi à ses administrés : « Des vues de prudence et d’humanité, s’alliant à des vues d’une politique plus vaste, […] ont donné une direction nouvelle aux intentions bienveillantes de la France sur la Louisiane : elle l’a cédée aux Etats-Unis d’Amérique ; vous devenez ainsi, Louisianais, le gage chéri de l’amitié qui ne peut manquer d’aller se fortifiant de jour en jour entre les deux républiques… » La prise de possession a lieu le 20 décembre 1803. On amène le drapeau français pendant qu’est hissée en fanfare la bannière étoilée. Quatre toasts seront portés au cours du souper qui suit : avec du madère, aux Etats-Unis et à Jefferson ; avec du malaga, à Charles IV d’Espagne ; avec du champagne, à la République française et à Bonaparte. Quant au quatrième, il alla au bonheur éternel de la Louisiane.
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